Masque à garde

Premier échange d’une correspondance photo-poétique : Arnaud Feron, photographe amateur, et votre esclave Jules Cybèle allient leurs inspirations pour votre trop bon plaisir. Cette correspondance alterne photographies artistiques et poèmes s’inspirant mutuellement, contant une histoire intime aux relents de lyrisme et sertie de découvertes improvisées…

Ouverture du bal épistolaire

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Regarde-toi
Mais masque tes conclusions.
Garde sourire
Au devant de ta tristesse.
Sois par mégarde
Une île en l’espoir blessé,
Toi le Gardien
D’un noble océan de sang.

Prends garde à toi
Car sous le sable des pleurs
Pointe, hagarde,
Une pyramide d’or.

© Arnaud Feron (photo) & Jules Cybèle (texte)

Le Soupirail

Le soupirail
08 novembre 2009

Les coeurs qui crient m’ont enchassé
Où que leurs sons s’en soient allés.
Qu’il serait temps de s’en passer !
Lèvres au vent, l’oubli halé.

Je soupire en vain, je soupire enfin.
Il fut un temps pour écrire « aïe ! »,
Un autre en corps, qui n’a de fin,
Pour épurer le soupirail.

Quand tendras-tu ta main de roi,
Si magnanime en vers de soie,
Pour écouler ces murs sans toi,
Ces fruits rongés autour de moi ?

Les coeurs qui crient m’ont tant lassé
Que je m’en sers où que tu ailles
Quand se tarit l’amour blessé
Dans les bas fonds du soupirail.

Recueillements

Recueillements

À un feu d’hiver

Recueillements constitue un récit intimiste dont « l’intrigue » se dévoile au fur et à mesure, à la manière d’un roman. Un roman philosophique. Chaque texte apporte une réflexion particulière autour d’un dilemme opposant désir et réalité.

Amour d’un côté, conscience de soi de l’autre. Dans certains cas, aimer peut-il n’être qu’un rêve ? Une illusion due à un besoin fondamental d’être aimé ? En sait-on suffisamment sur soi avant d’oser dire « je t’aime » ? L’ère contemporaine a ouvert la voie d’une forme de contact aseptisé : le tchat. Virtuel ? Pas tant que ça si l’on garde à l’esprit que les interlocuteurs, bien que protégés par un écran, demeurent des êtres de chair et d’esprit. D’émotions.

Car s’ils se sentent à l’abri de l’autre, ils ne le sont hélas pas d’eux-mêmes. Une rencontre par Internet peut ne manquer ni de son ni d’image, mais elle n’aura jamais autre texture matérielle que le support informatique dont elle dépend. Aussi, leur imagination intervient-elle à grands renforts pour combler le vide qui les sépare.

Les sentiments ressentis n’en sont pas moins authentiques. Ils manquent cependant de substance jusqu’à la rencontre. Si rencontre il y a. L’individu moderne semble plus que jamais replié sur lui-même, ce type d’interactions tend à le confirmer. Et, aussi paradoxal que cela puisse paraître, il est donc parfois seul face à l’amour, même partagé.

Ce recueil vous propose de suivre l’évolution d’un amour séparé de son objet essentiel, l’autre, à partir du moment où le doute s’est installé suscitant un questionnement fondamental ayant pour mission de cibler certaines priorités. Qu’ai-je recherché ? Et l’ai-je trouvé ?

Pilleur de tombes

À trop m’aimer espérais-tu te désaimer ?
Dénude-toi et je serai devant ta porte
À t’écouter, te caresser, te désirer.
Ces masques que tu crains sont-ils ceux que tu portes ?

Pourquoi vouloir glisser dans mes tombeaux puants
Si les tiens sont déjà plus béants que l’ennui ?
Baladons-nous en âmes sœurs au bord des nuits,
Ouvre-moi ton cadavre et le mien sera blanc.

À trop parler, je me demande à qui je pense,
Ce que je veux, ce qu’elle attend, ce que je donne.
Quel autre toi sculpte l’envie qui me frissonne ?
Si tu aimes souffrir, je décline la danse.

Prêter sans retrouver est triste trahison,
Mais tendre sans se plaindre est sage prétention.
Aussi, je te prête ma confiance en passion,
Mais je te tends ces vers en espoir de raison.

Nuée d’étaux

L’orchestre est avancé pour acculer mon aube,
Il hurle à contre vent les diables de l’opprobre
Et tourbillonne avide en un millier de robes.

Leurs tissus de poussière étouffent mes prières
Par l’écho prénatal où s’effrite leur gouffre
Au centre d’un tumulte entre murs gaufriers.

J’éternue au milieu d’un clair apothicaire,
Malade de toux voile aux vagues du cratère.
Le bruit m’a naufragé à l’odeur des tourbières.

C’est comme un air lyrique aux accords partagés
Qui se mesure au corps de l’être encouragé :
L’effort enamouré se prépare au carnage.

Deuil le jour / Œil la nuit : extraits

Deuil le Jour / Œil la Nuit

Aux éditions Chloé des Lys

Extrait du livre : Deuil-Extrait.pdf

Deuil le jour retrace le parcours sentimental d’une vie parsemée de deuils. Deuil des amours mais certainement pas de l’Amour, ce recueil fut mon exutoire durant huit ans de poésie sporadique et de questionnements.

Œil la nuit témoigne d’une ouverture plus prompte au délire des mots, des émotions. L’œil qui sonde l’inconscient est toujours alerte. Cette seconde partie, symboliste voire décadente, illustre ses visions méandreuses.

Les thèmes de la mort et de l’amour y sont comme inséparables, traités à la lumière d’un Rops et d’un Baudelaire, artistes de la décadence cultivant pour toujours mon admiration.

Ballade d’un soir

Mon cœur hors de moi me laisse rêveur,
On me l’a ôté sous mes yeux bectés.
Il gît maintenant, noir de son humeur.
Bout de chair en sang, proie tant convoitée,
Te voici charogne en bas de mes pieds.
Nous deux c’est fini, un nœud nous divise,
Me brise eunuque, jouet de la bise.
Et je me détends, légume blafard,
Dans le potager de ta couardise.
J’ai connu le vide à l’ombre d’un soir.

Maître en l’échafaud, je suis bon joueur,
Ai perdu la mise au jeu de t’aider,
Me pends désormais blanc de mes erreurs.
Au son de minuit la corde a cédé,
Je l’ai convaincue de mieux m’enlacer
Que tu ne le fis avec tes mains grises,
Doigts de triste fée du jardin des schizes.
Me voici défait, sans doute un peu tard,
Des liens malades qu’avait ton emprise.
J’ai connu le vide à l’ombre d’un soir.

Mal dans notre peau, là était l’horreur
De vouloir unir nos corps dépecés.
C’était supporter la double douleur,
Sans que nous sachions comment l’apaiser.
Mon amour fêlé, tu l’as piétiné,
Je t’ai laissé choir dans ton âme en crise.
J’eus dû te quitter dès la prime incise,
Voir combien l’on souffre à rompre l’histoire,
À frapper d’estoc à coup de franchise.
J’ai connu le vide à l’ombre d’un soir.

Le noir c’était toi, l’amour sans couleur,
Et moi j’étais là, miroir de tes peurs.
Nuit de mes pensées, jamais ton regard
N’a croisé le mien nourri de bonheur !
J’ai connu le vide à l’ombre d’un soir.