La tombe de sel

Elle venait de prier les dieux de la satiété, pour encore souffrir, encore avoir faim. C’était sa raison de vivre, ressentir ce manque : un trou béant fait de honte et de désirs inavouables. Ils l’exaucèrent. Elle eut faim comme jamais : victime d’un appétit maléfique, elle voulut engouffrer toutes sortes de choses dont elle ignorait jusqu’à l’existence. Mais sa faim la creusait, comme une tombe. C’était ce qu’elle voulait : mourir dans l’envie, au plus proche de son être. Et lorsque, enfin, elle eut tout dévoré de son monde intérieur, elle se mangea elle-même avec un peu de sel. Et tous la regardèrent se décharner sans lever le petit doigt, de peur qu’elle ne le mange aussi. Quand il ne resta plus que le crâne qui mastiquait ses propres dents, des curieux se dispersèrent tandis que d’autres se mirent à prier, adressant à ce nouveau dieu leur désir de satiété.