Séquence 3

Raymond travaillait à la morgue, mais pas ce soir. Ce soir, il attendait son fils pour une partie d’échecs sachant qu’il partirait perdant. Il était moins imaginatif, moins audacieux que son fils. Ce fils qui ne venait pas. 

Il se rappelait leurs instants partagés, trop éloignés. Ses jeux préférés qu’il connaissait par cœur. Mais maintenant, il avait perdu le fil. Qui était-il ? Et l’heure tournait et se retournait dans tous les sens. Il ne venait toujours pas. Alors Raymond noyait son attente dans le rhum. Il avait froid. Au cœur.

Petit à petit, l’alcool faisait son effet, lui volait ses idées. Ses épines du pied. Il oubliait qu’il avait un fils qu’il attendait. Il oubliait jusqu’à son rôle de père, sa geôle de fer. La nuit n’était dès lors plus qu’une bouteille. Et lui l’ouvrait comme il aurait pu s’ouvrir les veines, s’y abreuvant jusqu’à ce que son sang se change en eau-de-vie. 

Il s’oubliait, s’emmitouflait, se vomissait.

Par moment, il croyait entendre son fils, mais il parlait tout seul. Plus que l’attente il redoutait la nuit, porte de mille et un fantômes qu’il devrait affronter seul. De cauchemar en cauchemar, il hurlait dans le noir en cherchant son reflet. Mais il ne trouvait que son fils, le regard assassin, qui psalmodiait son nom…