Thanatotrope 2213

Voici le début d’une nouvelle dont j’ai décidé de reprendre l’écriture après un long moment de manque d’inspiration. J’espère qu’elle vous plaira. Et surtout, n’hésitez pas à la commenter, pour me donner des idées.

Thanatotrope 2213
Entrée froide

On entendit le roulement froid et lourd d’un interminable tiroir métallique. Le clappement final retentit très fort dans cette petite salle crûment éclairée. Le carrelage poli accusa des pas décidés. À leur approche coulissa une porte automatisée qui, une fois refermée, laissa derrière elle un calme stérilisé. La lumière là-bas déclina. En revanche, elle s’enclencha spontanément du présent côté. Si bien qu’un interstice doublement vitré laissait un rayon lumineux tronçon-ner, dans le sens de la longueur et de la tête aux pieds, le cadavre abandonné momentanément sur sa planche d’opération. Si cette tête blême avait pu forcer son cou à se redresser un peu, puis ses paupières à s’ouvrir, elle eût aperçu de là-bas que quelqu’un se dirigeait vers une petite table où roucoulait un très vieux modèle de machine à café…

L’on écarta bruyamment une chaise en bois, prit une tasse en porcelaine puis s’y versa une larme d’ombre. L’écoulement du breuvage, sa senteur amère et la chaleur qu’il diffusait rassurè-rent « on », le tranquillisèrent, le firent s’abandonner. « On » ne se sentait-il pas un peu seul dans l’anti-chambre des morts ? Probablement.

Notre cadavre, s’il avait encore pu demeurer circonspect, l’eût été certainement de voir « on » faire à présent les cent pas en tournant, prostré sur son philtre fumant, qu’il considérait avec gravité. Il se fût demandé quel rituel était-ce là. « On » tournait, physiquement et psychi-quement. Ses globes oculaires, aussi refroidis que leur objet d’étude quotidien, tentaient de se noyer en la noire substance qui réduisait après chaque gorgée. Quand enfin il n’en resta plus une goûte, le cercle brunâtre imprimé au fond du récipient renvoya « on » à sa misère cyclique. Mais la boisson fit son effet…

Un étrange bien-être, un état de relaxation physiologique généralisé.

« On » se sentit bien. Et, s’il l’avait pu, notre autopsié, aux premières loges, eût vite fait de s’alarmer en voyant « on » lâcher sa tasse, chanceler, puis tomber à la renverse pour heurter la petite table de la tête. La nuque brisée, il gisait par terre, du café plein la chemise, et le front investi par le filtre usagé, expulsé humide et mou de son réservoir.

3 réflexions sur « Thanatotrope 2213 »

  1. « Et, s’il l’avait pu, « , il pourrait, agir d’une quelque façon, négative ou positive, tout est permit dans la littérature.. Ne laisse pas tomber ce texte, je le trouve pas mal. Note que, si je puis me permettre, ajouter quelques phrases temporelles et de localisation serait peut-être salvateur, histoire de ne pas se perdre dans le fil. Histoire d’envoyer au lecteur quelques rappels, qui permettrons aussi d’accrocher. Enfin, je semble peut-être stupide, mais je fonctionne comme cela, la plupart du temps, et je reconnais une bonne intrigue. Bonne soirée.

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  2. Une bonne fin d’année à toi aussi! Espérons alors mutuellement que la folie créatrice sera au rendez vous (personnellement, je n’en doute pas).
    Un long parcours s’annonce, à travers les pages emplies de mots. Que cela devient rare et quel plaisir.
    A la prochaine.. Swan.

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  3. J’avais justement aimé ce texte. Bonne route au fil des mots et phrases qui j’espère, te guideront vers un excellent résultat. N’oublie pas d’apposer quelques notions et signes de vies dans l’anti-chambre… Le contraste sera encouragé.. C’est moi qui te remercie.

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